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Je suis originaire de ,
une des plus anciennes cités de Russie, située à
250 km au nord-est de Moscou, non loin de Rostov, un des centres
historiques pour les émaux russes traditionnels.
Mon père est artiste peintre, et fait partie du centre
d'émaux d'art "Emalis". Il a touché un
peu aux émaux, il crée des vitraux, mais sa vraie
passion est la peinture.
Il m'a sans doute légué sa passion pour cette forme
d'expression artistique, car je me lance, après mon bac
en 1993, dans les études à l'École des Beaux-arts
de Iaroslavl, où j'obtiens le diplôme avec mention
bien, puis les Sciences de la culture à St Petersburg.
Au cours de ces études, mon père me propose de participer
aux activités de "Emalis". Cela me permet d'élargir
mes horizons créatifs.
Pourquoi suis-je d'emblée attirée par les émaux?
Peut-être la magie qui s'opère sous mes yeux: voir
la matière inerte (les poudres sableuses aux couleurs ternes
et incertaines) se transformer par le feu en une matière
fluide et colorée?
Les premiers essais ne sont pas très concluants, car il
n'y a personne pour enseigner. Il faut se débrouiller seule!
Je ne cherche pas encore à reproduire des effets, je ne
prends pas de notes
Mon attirance pour cet art si mystérieux se précise
à l'occasion de ma participation à 3 symposiums
d'environ 3 semaines chacun (en 2001/2002/2003), dans ma ville
natale. La vie en collectivité, parmi des émailleurs
expérimentés, est finalement très agréable,
et m'apporte une expérience indélébile.
Maintenant, pourquoi la France?
Au cours de mes études, j'avais acquis quelques vagues
notions de la langue française, grâce à ma
sur qui se destinait à son enseignement.
Puis, par chance, en 2000, j'ai eu la possibilité de séjourner
3 mois au Luxembourg, au sein d'une famille franco-russe. A mon
retour, j'ai tout de suite voulu exprimer mes impressions en les
jetant sur des plaques de cuivre, comme on jette un trait de crayon
sur une feuille de papier. Ça venait tout seul, très
vite, par une sorte d'impulsion
Au bout du compte, il y avait
assez de pièces pour présenter une exposition valable!
Elle a lieu, avec l'aide et la participation de mon père,
dans le cadre d'un festival d'art entre russes et luxembourgeois.
C'est un joli succès, qui me flatte, bien sûr, et
m'encourage à poursuivre dans cette voie
.tout en
faisant bien attention à ne pas croire que tout sera désormais
aussi facile!
Pendant ce séjour, je perfectionne mon français,
et prends toutes sortes de contacts utiles. J'obtiens même
des commandes de dessins et d'émaux, en échange
d'un séjour d'un an à l'étranger
Je
choisis Paris, qui m'offre la possibilité de poursuivre
mes études, non pas à l'école des Beaux-arts,
pour cause de limite d'âge, mais dans une école privée
préparatoire. Cela me permet ensuite d'entrer à
la faculté Paris VIII (Arts Plastiques).
Certes je maîtrise le français, mais ma vocation
d'émailleuse "célèbre" se met hélas
entre parenthèses! Je n'ai bien sûr pas les moyens
de retourner en Russie pour participer à des ateliers,
pas de matériel, pas d'installation, pas de projet précis
car
mon séjour se poursuit à mes frais! Je trouve d'ailleurs
du travail, au sein d'un journal "La Pensée Russe"
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Un
journal intitulé La Pensée russe paraît
à Moscou en 1880, mais il n'a rien à voir
avec l'hebdomadaire La Pensée russe qui commence
à paraître à partir du 19 avril 1947
à Paris. Cétait lhebdomadaire
incontournable de la diaspora russe en France. Sa philosophie
était résolument chrétienne et s'opposait
aux parutions marxistes venues d'URSS ou financées
par elle. Deux femmes à forte personnalité
le dirigèrent pendant de longues années :
la princesse Zinaïda Schakhovskoï, historienne,
et Irina Alberti, petite-fille de Tolstoï.
La plupart des grands noms de l'émigration politique
et littéraire ont publié dans ses colonnes.
(Chmelev, Bounine, Berberova, etc..). Durant toutes
ces années glorieuses, le journal défendait
les valeurs de la démocratie, de la tolérance,
du dialogue. Le journal était un appui très
précieux au mouvement dissident qui luttait en URSS
en faveur des droits de l'homme et de la liberté
de conscience. Le destin et l'uvre d'Alexandre Soljénitsyne
y ont été largement et durablement commentés.
Il était également une source d'informations
inépuisable: Les associations y annonçaient
leurs manifestations, leurs arbres de Noël; les écoles
russes donnaient des informations sur leurs cours, on pouvait
trouver l'horaire des offices des paroisses orthodoxes.
Les annonces de recherche, ont longtemps permis aux réfugiés
d'après-guerre de retrouver des amis ou des proches.
Aujourd'hui: La Pensée Russe continue de paraître,
mais n'a plus aucun rapport avec l'ancien hebdomadaire !
Les émigrés russes ne sont plus cette «
Intelligentsia » qui a fui le régime bolchevique.
Le siège social est maintenant à Londres,
le journal est presque devenu un support publicitaire. Selon
son rédacteur en chef, dans un édito du 2
mars 2006, il est écrit : "Nous ne nous percevons
plus comme une publication russe de Paris, mais comme un
organe de presse européen, comme un journal russe
occidental".
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Je dois dire que c'est une expérience très enrichissante,
qui me permet d'apprendre plusieurs métiers (rédaction,
mise en page, etc.)
C'est alors que la chance me sourit à nouveau! Nous sommes
en 2005.
Un ami russe, , vient à Paris pour un stage artistique à
la . Il se trouve que Georges a connu la même année, lors d'un séjour
à Kecskemét (Hongrie). Il souhaite revoir son ami
Jacques, et me demande d'être leur interprète. Je
fais donc la connaissance de Jacques, je participe même
à un chaleureux dîner organisé par Marie-Thérèse
Masias (dont je fais la connaissance à cette occasion).
Une même passion réunissant ceux qui la partagent,
nous restons en contact, bien sûr.
En outre, grâce à Jacques, j'acquiers un petit four,
que mon aimable patron du journal m'autorise à installer
dans les locaux. Du coup je peux à nouveau créer
des émaux, durant mon temps libre. J'ai l'impression qu'une
histoire se poursuit; et aussi qu'une nouvelle période
commence.
Avant, j'étais inspirée par les paysages.
Mon travail était rapide, sans réflexion, instinctif.
Après (à Paris), j'ai "mon four",
du temps pour réfléchir, pour préparer mon
travail. Je prends des notes sur mes expérimentations.
C'est ma période .
Il me semble à ce moment-là que l'idée que
j'ai dans la tête pourrait être réalisée
aussi bien en dessin, peinture, ou émail.
Si vous me posez la question de la technique de l'émail,
que je n'ai jamais apprise réellement, elle n'est pas un
frein pour moi. Je travaille avec les moyens dont je dispose.
D'ailleurs la petite dimension du four m'oblige à inventer
des solutions, comme le découpage en sortes de .
En 2006, je peux enfin installer mon four et mon matériel
chez moi. Le rêve prend forme. Le travail rémunéré
me pèse. J'ai besoin de temps pour concrétiser toutes
les images que j'ai dans la tête!
J'ai la chance (encore une fois) d'être sollicitée
pour présenter une exposition de mes uvres à
la galerie "Les Trois Maillets" à Paris (5ème)
au moment des fêtes de fin d'année. C'est un vrai
succès (la moitié des uvres ont été
vendues!). Mais sans lendemain pour le moment.
Qu'à cela ne tienne! Grâce à mon père,
je participe à quelques expositions en Russie, puis en
France, grâce à Jacques: Morez (les Journées
Internationales de l'Email),
en 2007.
En 2008, je franchis le pas: je m'inscris à la Maison des
Artistes, abandonne mon travail au journal
c'est décidé:
je veux me consacrer entièrement à mon art, qui
d'ailleurs trouvera sans doute des applications autres que l'émail.
Le
et la peinture sont toujours là, qui ne demandent qu'à
être réalisés
Ce que j'exprime, c'est mon univers, à travers plusieurs
sources d'inspiration: les arbres, l'architecture, la mythologie,
plus récemment les natures mortes (que j'appelle , car il me semble leur redonner vie!)
L'image est d'abord visualisée, dans sa forme et ses couleurs.
Ensuite je la pense en émail: quelle technique utiliser,
quelles poudres, quelle température de cuisson?
Prenons l'exemple de
du cycle "Eclats de l'antiquité"
Je réalise d'abord le dessin complet. Je pense les couleurs
(en m'inspirant de celles de vestiges grecs), et le type d'encadrement.
Ensuite j'imagine et je compose les formes d'"éclats"
qui me font penser aux morceaux d'objets que l'on trouve à
l'occasion de fouilles archéologiques. L'émaillage
vient en dernier.
Certaines pièces sont découpées au chalumeau
("Rue déserte") par mon père, en Russie.
Dans ce cas, je m'adapte aux formes obtenues, qui ne sont pas
toujours précisément celles que je souhaitais.
Mon prochain rêve: avoir un atelier, si petit soit-il,
mais assez grand pour recevoir mon grand four.
Mon prochain projet: ma participation à la 2ème
édition de l'exposition "Rencontre Internationale
des Artistes Emailleurs" organisée par Jacques à
Plessis-Pâté
Propos recueillis par Odile Clout
le 01/08/2009 - © tous droits réservés

quelques exemples

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